Culture-patrimoine-politique

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Mimouni de Casablanca Maroc - Morocco

La vie en banlieue

décembre 21st, 2008

J’habitais dans un studio au  centre  villeet en 1980 j’ai acquis un  appartement dansun  quartier  périphérique  flambant  neuf.étant de nature  renfermé  j’ai limité  mescontacts a deux individus  que j’appelleraipar des pseudonymes de valeur fictive.                         L’un, ce sera Mr Merluche, individu  sérieux,
dynamique, courageux, toujours propre habillé
d’ un éternel  costume  bleu  et  cravate. La
tête pleine a craquer, dévoué, il se  dépense
sans limite pour mériter dignement le salaire
de petit fonctionnaire, poste  qu’il a obtenu
après des années de sacrifice !……..  Vous
avez maintenant compris pourquoi le nom de Mr
Mérinos lui irait a  merveille, mais  gardons
celui de Merluche. Mon deuxième  ami, ce sera
Mr Maringouin, analphabète, malin, miteux  et
dédaigneux.Détritus parmi les détritus,un os,
entrepreneur  indépendant  dont  l’entreprise
est basée sur  une  boite a usages multiples,
tantôt caisse d’outillage, tantôt  support de
pieds, chaise ou encore oreiller de  nuit, et
un décrotteur a moitié abîmé. Homme misérable
je salue ton courage.Comment peut-on imaginer
une société sans toi !…Vous avez deviné que
Mon deuxième ami est cireur !   Deux années se sont écoulées. Des épiciers,
boulangers, laiteries, marchands de légumes, et
vendeurs ambulants  ont  fait leur apparition
dans le  quartier avec  tous les avantages et
inconvénients qui les accompagnent.
Des  déchets, rebuts, cartons, plastiques  et
mouches  de  différents  gabarits constituent
actuellement notre  microcosme. Puis la benne
collectrice de  détritus fait  son apparition
apportant sa collaboration  sous forme de jus
concentré et nauséabonde issu de l’écrasement
des collectes par son système  mécanique hors
d’usage…………………… Une odeur puante et des nuées
de moustiques constituent actuellement  notre
permanent et quotidien lot d’oxygène.Beaucoup
de  nos voisins ont acquit leur logement a la
manière  d’un  cadeau  de  la société qui les
emploie  se  sentent  mal  a  l’aise dans  ce
milieu de bâtiments en dur. Dans la majorité,
nos voisins, émanent de quartiers  pauvres et
de  bidonvilles  et se  trouvent injectés  en
plein milieu d’employés ou cadres de sociétés
fonctionnaires publiques et semi publiques. A
ces gens, il manquait un élément capitale  et 
usuel pour les rassurer, nés en  baraquements
de tôles ou quittant la campagne  et trouvant
refuge depuis longtemps  dans des bidonvilles
ne peuvent se  sentir a  l’aise  et  rassurés
sans  ces petites choses  auxquelles ils sont
habitués tel que le grincement des tôles sous
le vent ou le bêlement d’ovins. Ces genres de
matériaux  commençaient alors  a  faire  leur
apparition dans nos balcons, les passages  et
les toits. Cela rassure une  minorité mais la
majorité voit leur rêve  d’avoir  un logement
décent partir en fumée !Et,puisque un malheur
ne se  présente jamais  seul, un  escadron de
femmes et garçons professionnels et ponctuels
font le va et vient chaque jour a  partir  de
six heures du matin,chacun ou  chacune criant
ou chantant un air absurde  qui lui est  bien
distinct ,demandant le pain sec, denrée  très
prisée,des vêtements, ou  tout autres choses.
Ici,pas de soucis de manquer le travail faute
d’avoir oublié  d’activer le réveil, d’autres
se chargeront de manière tout a fait bénévole
de ce travail. La semaine  qui suit les fêtes
religieuses, ces contingents de  mendiants ne
s’interrompent jamais. Puis……… les cérémonies
de mariage qui sévissent du vendredi au lundi
avec des défilés de charrettes escortées  par
des crieurs, batteurs investis  en  musiciensfont la navette entre les ruelles emmenant de
maigres cadeaux aux mariés. Quelquefois  tant
de bruits pour un litre de lait  et un sac de
farine ou seulement le pantalon tachée  de la
mariée. Si  je  regrette d’avoir  quitté  mon
studio en centre ville, j’ai tout  de même pu
découvrir un trésor de choses incroyables………
Qu’advient-il de mes deux amis ?
Mr Marluche dispose maintenant de  sa  petite
voiture, ce qui lui a rendu sa  dignité jadis
bafouée dans  des bus  de transport qui  sont
perpétuellement surchargés , non ponctuels et
le contraignent aussi souvent a payer la dîme
aux voleurs. Le comble a été  atteint le jour
où,des chiens se sont accaparés du chemin que Mr Marluche  emprunte habituellement  chaque
matin a l’aube pour rejoindre son pseudo -bus
Même le fait de voir ses élèves rouler en  de
jolies limousines de l’état n’a pas fléchi sa
volonté de poursuivre son oeuvre.
        Mr Maringouin a lui aussi progressé.
Deux années lui ont été nécessaires pour  se
rendre compte,que du pied a pied ne lui sera
d’aucun secours. Les gens se soucient peu de
l’état de leurs chaussures,leur seul soucis,
consommer travailler,payer les crédits,faire
des enfants.L’avenir disent-ils appartient a
ceux  qui en  ont beaucoup ! Ici le problème
d’espace ne  fait pas  défaut. Les rues sont
larges et absorberont l’ensemble. Les jeunes
et ceux qui ne le sont pas  ne rejoignent le
“nid” que pour dormir.Quatre vingt pour cent
du domicile est meublé,entretenu et mis sous
clé pour la réception  une fois par an de la
famille rurale.Ainsi ,on soigne son image de
marque auprès de cette population qui,a leur
tour, se  chargeront  de  lui  garantir  une
publicité hors normes  de façon  tout a fait
gratuite.Le petit ouvrier croulant sous  les
problèmes sociaux de la ville,de ses enfants
délinquants et mensualités de crédit étalées
sur la durée de vie normale de l’humain peut
trouver tout  de même pour une  courte durée
un royaume. Ici,en campagne les gens ne con-
-naissent  de lui que  du faste. Il est donc
reçu en prince, invité partout, est toujours
le bienvenu, lui-même  oubliant tout ce qui
peut altérer ou  trahir son état.
      (suite)               ………………On  oublie
donc la  ville et ses exigences  pour  cette
courte durée. Mr Maringouin le malin, a donc
pu en deux ans, dresser une  carte véridique
de son entourage. En  stratège, il aborde la
vie quotidienne a la  manière  dont  il peut
tirer le maximum de profit.
Il fait  appel encore  cette fois  a sa
contrée rurale en vue de recruter un manager
pour son entreprise. Un  cadeau  inestimable
pour l’un et l’autre. Très vite, le  nouveau
venu acquiert l’art de  manier la brosse  et
l’exécution des différents  gestes  rythmées
qui accompagne le  métier  de cireur urbain.
Le démissionnaire  passe a la réalisation de
de son nouveau projet.
Il s’approprie une belle charrette,achète un
âne et divers accessoires et devint marchand
ambulant de pomme de terre.Malin Maringouin!
cette  denrée   est  très  prisée  dans  ce 
secteur connue par le nombre élevé  de  ses
progénitures  désobéissant  par  nature  ou
principes aux  réductions de naissance.
    Nos rencontres, se font au café ,chaque
dimanche soir.Mr Marluche s’enfonce de plus
en  plus dans les  problèmes familiales  et
sociales, le transport, l’habillement et la
scolarisation de ses enfants  ne cessent de
s’amplifier et,……… il a  été  contraint  de troquer  sa voiture  contre  une  mobylette.La voiture  du  citoyen  dit-il. Quand a  Mr
Maringoin il devient de plus  en plus riche.
Il se plaît d’ailleurs a étaler son avoir en
publique.Pour payer son café il n’hésite pas
a  étaler  le  contenu  de   sa  bourse, des
dizaines de  billets  froissés et  sales, ce
qui fait dire a Mr Marluche qu’il  aurait du
choisir le “commerce” plutôt que la fonction
Cependant, malgré sa richesse, Mr Maringouin
génère en permanence quelque chose  que  son
ami ne peut tolérer ou  supporter. Une odeur
spéciale que Mr Marluche n’a pas  pu oublier
depuis l’enfance…Une odeur caractéristique
de l’âne devenue familièrement le parfum  du
marchand ambulant.On s’habitue vite en effet
on s’adapte, on s’intègre a son milieu et on
oublie le reste.        Dix ans se sont écoulés maintenant.Mr
Maringouin a fait des progrès  considérables
au niveau intellectuel et social. Il changea
de nom pour  commencer, devint  Mr  Margotin
subit une épuration,puis une aurification,Il
solde le baudet et ses  accessoires  devenus
une chose horrible pour lui. Se  fabrique un
éponyme,s’érige en autre  modèle de citoyen,
devient allègre et par  une sorte  de  magie
déviatrice se procure un emploi lui assurant
une grande  cavalcade  au  détriment  de ses
semblables. Il devint chef de quartier ……………
Il a  pu  par malice, acquérir  la technique suprême  dans  l’organisation  des  battues,l’adultération des textes, la  proliférationdes  promesses   alléchantes   et  la  toute dernière  découverte  soit  la  pratique  de
l’alléluia sous un masque apparemment  noble
et valide auprès d’une certaine  population.
Mr Maringouin devenu donc Mr Margotin trouve
un moyen  efficace  pour décupler ses biens.
Il est loin le temps du décrottoir du cireur
et celui du nauséabonde âne et des unités depoids  qu’il faut  chaque  jours  improvisersoit des pierres ou des pastèques  et jamaisde  kilogrammes certifiés. Dans  son nouveau
il a affaire a un quartier surpeuplé  et sal
mais tout laisse  deviner  son origine ,  il
y a seulement quelques  années  passait pour
modèle en son genre. Là, Mr Margotin  trouve
son idéal. On transforme les espaces  verts,
les  passages, les coins, les trottoirs, les balcons et même les  escaliers en baraques.Deux années ont suffit pour brader  le  toutet transformer le lotissement en  bidonville
surplombant les édifices  et enclos craquant
sous les tôles ondulées et gémissantes  sous
les coups de  vents et  les débris  de verts
jouant ici le rôle de barbelées.
    Une étrange musique de cris de poussins,
dindons et moutons jaillit maintenant de cet
assemblage faisant le  bonheur  de  ceux quin’ont pas  pu s’intégrer au mode  de vie  duquartier original……………… Maintenant, ils sontsatisfaits,heureux. Les géniteurs ont acquitde  l’espace et  Mr Margotin la  richesse et
la noblesse.
Les résidants qui sont d’origine citadine etqui croyaient avoir enfin pu disposer  d’unemaison pour eux et leur famille, voient leurrêve partir en fumée. Incapables de rétablir
l’ordre face a un Margotin de  plus  en plus
puissant,se voient contraints  de  solder ce
qui était leur belle  résidence  de jadis et
quittent les lieux.
  Mr Marluche lui, a remplacé sa voiture par
une moto puis cette moto par une  bicyclette et enfin céde cette dernière  pour  subveniraux  besoins  de ses  enfants,……… maintenantretraité, et, utilise ses moyens naturels etapparemment infaillibles pour se déplacer………soit ses jambes.
Ces enfants ont acquit un niveau appréciable
en étude,de grands diplômes.Mais Mr Marluche
garde encore  tous ses enfants a  la maison,
non pas parce  qu’il a  peur  de les laisser
travailler et fonder leur famille et avenir,
mais parce que malgré plusieurs centaines de
tentatives  de  s’enrôler  quelque  part  et
trouver une activité  même  quelconque, sont
restées vaines. Mr Marluche ne sent pas pour
autant qu’il a raté sa vie……
Il lui arrive de croiser Mr Margotin roulant
en voiture, cravate, lunette  et  stylo   en
petite pochette ou l’apercevoir léchant  les
sabots de bayadères, mais cela ne le dérange
en rien,malgré que  de temps en temps, au vu
de  ses  sacrifices perdus  et  ses  enfants
chômeurs a l’impression  d’être  une cocotte minute sous un feu  de fonderie! J’avais ditque  Mr Marluche  est  du genre  de ceux quitiennent les  cornes  de la  vache  afin  de permettre a ceux du genre de  Mr Margotin dela traire efficacement……






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